Richesses perdues – Sur la route d’Agra
Richesses perdues – Sur la route d’Agra

Richesses perdues – Sur la route d’Agra

Au cœur des montagnes de Jaipur

Nous quittons Jaipur par la voie des maharajahs, bordée de pavillons surélevés d’où les femmes jetaient autrefois des fleurs pour accueillir l’élu des dieux. Aujourd’hui, Agra nous attend.

S’enfonçant une dernière fois dans nos montagnes chéries, nous découvrons la vallée de Galta, coincée entre les monts Aravalli. Ici, la nature est reine. Au milieu des temples aux façades pastel, singes, vaches, oiseaux et chiens vivent paisiblement, respectés et nourris par les pèlerins.

À l’entrée, un jeune homme qui a ramené un sac de fruits me propose de nourrir les singes avec lui. Autour de moi, petits, gros et bébés singes à la face rouge s’amassent, piochant d’un geste vif les petites boules sucrées. Un singe téméraire me grimpe sur la tête pendant que les autres restent calmement manger à mes côtés. Leur habileté est remarquable : ils sautent, courent et se chamaillent avec une rapidité folle. Que j’aime cet animal plein de vie !

Marchant aux côtés de tous les animaux qui peuplent ce lieu, nous nous dirigeons vers la montagne où, de chaque côté de l’allée centrale, se dressent des temples aux peintures vieillies. On se croirait presque dans un quartier résidentiel. Dans l’Hanuman Temple dédié au dieu singe, un prêtre nous conduit au lieu de prière. Il nous y bénit et nous offre un bracelet de karma tout en récitant des mantras.

Au fond de la vallée, serré entre les roches, le bassin d’un autre temple recueille l’eau sacrée qui provient de la montagne. La vallée entière est une réserve naturelle, un joyau de vie et d’harmonie entre les êtres. Quittant les montagnes, le paysage qui borde la route se fait plus verdoyant.

Bercée par le chant de la femme du temple Shiromani qui résonne dans ma tête, mon regard se perd dans les champs où travaillent les femmes vêtues de leur sari, taches colorées au milieu des herbes hautes.

Galtaji Temple, Alentours de Jaipur,Inde

Photo by Shobhit Sharma on Unsplash

Fatehpurh Sikri

Nous quittons peu à peu le Rajasthan pour rentrer dans la région de l’Uttar Pradesh. Sur le bord des routes, les habitants font sécher des bouses qui leur serviront pour alimenter le feu ou construire un abri étanche. Des huttes de pailles remplacent les maisons faites de tôle et de bâches. Perdues au milieu des étendues de cultures arborées, on aperçoit au loin les ruines rouges de la ville de Fatehpurh Sikri, construite par l’empereur Akhbar. Tombée en désuétude suite à la sécheresse qui a dévasté la région, seuls le palais et la mosquée y demeurent presque intactes.

Couloirs du Buland Darwaza, Dadupura, à Fatehpur Sikri, Inde

Photo by Shantanu Goyal on Unsplash

Au milieu des cours de l’immense complexe se dressent les appartements privés du souverain et de ces 3 femmes : l’une catholique, l’autre musulmane et la dernière hindouiste. Cet éclectisme fait toute l’originalité du lieu. De loin, les édifices ne sont que des masses de grès rouges mais si l’on se rapproche, on découvre alors la finesse des ornementations sculptées dans cette pierre brute, mêlant les inspirations artistiques de trois religions.

Tout ici manifeste la puissance et les caprices de l’empereur : un échiquier géant à même le sol où les favorites nues faisaient office de pion, une fontaine remplie d’or, des écuries à chameaux qui s’étendent à perte de vue mais encore, construite pour commémorer une victoire militaire, une porte de 54m de haut entièrement sculptée et décorée qui donne sur la mosquée.

La ville de Fatehpur Siri, certes abandonnée, n’a pas perdu de sa superbe.

À quelques kilomètres de là, nous retrouvons la modestie de la vie indienne dans la ville d’Agra. Impatients de découvrir le Taj Mahal au lever du soleil, nous nous endormons aux sons des klaxons et des chants religieux qui nous parviennent de la rue.