Précieuse Jaipur
Précieuse Jaipur

Précieuse Jaipur

Un cycle infernal ?

Un proverbe indien dit que : « Tout européen qui vient en Inde acquiert la patience s’il n’en a pas et la perd s’il en a ». Nous serons très vite fixés sur notre sort car aujourd’hui nous rejoignons Jaipur, la plus grande ville du Rajasthan mais aussi, sans doute, l’une des dernières épreuves difficiles pour nos nerfs. Nous y retrouvons l’agitation, le trafic et les klaxons de la ville indienne, bien que ce soit dimanche et que Subhash m’assure que c’est calme aujourd’hui.

Une fois encore, j’apprends beaucoup en discutant avec lui tout le long du trajet pendant que papa dort… Nous comparons nos modes de vie et l’évolution des mœurs dans nos pays. En Inde, les enfants vont encore rarement à l’école car l’accès à une bonne école (i.e. les écoles privées anglaises) coûte très cher. Les parents doivent eux-mêmes parler anglais et payer entre 7 000 et 50 000 roupies par mois (de 100 à 700€), plus un droit d’entrée. Portant, le salaire moyen indien n’est que de 8000 roupies et 30% de la population continue à vivre avec moins de 50 centimes par jour soit environ 1000 roupies par mois. Dans ces conditions, il est difficile pour les plus pauvres de sortir de leur condition de vie.

À la découverte de Jaipur

Arrivés à Jaipur, et comme dans beaucoup d’autres villes, de nombreux bâtiments portent la croix svastika, qui recouvre même entièrement le mur d’un temple dédié à Ganesh. Pour nous, occidentaux, cette croix est très troublante car elle ressemble étrangement à la croix gammée. Pourtant, il n’en est rien : pour les hindous ce symbole est un signe de chance et de renouvellement perpétuel.

Au pied du mont, nous visitons le crématorium Gaitor. Plusieurs cénotaphes sculptés dans le marbre blanc ou dans la pierre rose de Jaipur servent aux hindous pour brûler les défunts. Les sculptures sont plus simplistes qu’à Jaisalmer et l’on sent l’héritage britannique dans les scènes représentées.

C’est aussi ce que nous regrettons au Jal Mahal, un palais érigé au milieu d’un lac de Jaipur, sans comparaison possible avec celui d’Udaipur. Si le palais rose est imposant, de petits édifices ont récemment été construits sur le lac et font perdre au lieu toute authenticité. Au bord du lac, les déchets s’entassent ; au loin, la montagne rose pastel rend le paysage morne.

Jal Mahal en noir et blanc, Jaipur, Inde

Photo by Mohd Aram on Unsplash

Le paradoxe

Nous décidons donc de rejoindre une des nombreuses manufactures de pierres précieuses et semi-précieuses qui font toute la richesse de la ville de Jaipur. Toujours sur les conseils de Subhash et une nouvelle fois excellemment accueillis, nous y découvrons l’ensemble des techniques de découpe et de polissage des pierres. Le travail est considérable et les indiens le réalisent avec une habileté folle. Chaque pierre a ses particularités et la réalisation d’une seule pièce peut parfois prendre des jours.

Dans la boutique accolée, l’océan de couleurs, de reflets et de brillances nous laisse sans voix. Des milliers de colliers, bagues, pendentifs, bracelets et boucles d’oreilles, tous d’une finesse déconcertante, ornent les murs et les vitrines. Lapis-lazuli, émeraude, rubis, topaze, pierre de lune, saphir, turquoise et diamants, la pièce brille de mille feux. Je m’émerveille devant toute cette richesse, inaccessible en France mais aussi pour la quasi-totalité des indiens.

Toutes ces petites mains créent de l’or et crèvent la dalle quand elles sortent. Le paradoxe de l’Inde se manifeste une nouvelle fois : Jaipur est riche, Jaipur est triste.