Gange puissant, Gange enivrant – Varanasi
Gange puissant, Gange enivrant – Varanasi

Gange puissant, Gange enivrant – Varanasi

Le train indien, une expérience inoubliable

Il est 7h, le train s’éveille, pas besoin pour moi de réveil, je ne dors plus depuis longtemps.

Malgré toutes les péripéties de la veille, la nuit s’est bien passée. La crainte que nous avions a été réduite à néant par les soldats qui prennent le train comme de simples particuliers avec leurs fusils sous le bras. Le premier que j’ai croisé c’était en allant aux toilettes, si l’on peut appeler ça comme ça… La tête dans le brouillard, ça fait tout drôle.

Puis, en attendant notre station le lendemain matin, on discute avec eux tout simplement. Un vieux couple qui va à Calcutta partage aussi la discussion. Lui parle beaucoup, elle parle peu mais la complicité se noue par le regard et ne trompe pas. Nous partageons ensemble un thé massala et l’attente devient plus agréable.

Nous voilà enfin arrivés avec 5h de retard.

Varanasi, la tumultueuse

Finalement, le train était peu comparé au bazar dans lequel nous pénétrons. Varanasi n’est pas une ville, c’est un immense bazar. Des tas de déchets s’amassent sur chaque coin de terre et les vaches viennent y manger. Tout est sale et la circulation est d’une densité inhumaine. Les grandes artères remplies de commerces en tout genre donnent sur un labyrinthe de ruelles caillouteuses remplies de bouses.

À Varanasi, la misère nous touche réellement. La pauvreté est relative mais la misère, elle, on la constate, on la ressent et le malaise se crée instantanément. Les bâtiments qui tombent en ruines sont pris d’assaut par les plus pauvres. Ils y abritent leur famille ou y installent une épicerie en accrochant les sachets de chips et de sucreries fluo qui trônent devant les milliers de snacks indiens.

Face à cette atmosphère plus qu’étouffante, beaucoup d’Européens ne feraient pas le déplacement, et pourtant ! Varanasi est la ville sacrée des hindous.

Varanasi, une ville sacrée

Chaque année, les pèlerins viennent par millions se baigner dans les eaux sacrées du Gange afin de purifier leur âme. Bien plus que pour une simple prière, les hindous viennent y mourir car pousser son dernier soupir à Varanasi permet d’accéder directement au moksha, le nirvana hindouiste, sans passer par le cycle infernal des réincarnations.

En descendant les ghâts, un nouveau monde se dessine. Ces rangs de marches surmontées d’un palais menant au fleuve se succèdent. Tout le long de la ville vaches, chèvres et chiens se mêlent aux croyants et passants. Des barques remplissent les abords du Gange.

En marchant un peu vers le sud, nous arrivons sur un des lieux de crémation. A Varanasi, le feu ne s’arrête jamais. Les corps des hindous sont brûlés sur des bûchers après avoir été plongés dans le Gange et décorés par leur famille. Pour nous, ce fut un choc. Un corps brûlait pendant qu’un autre corps trônait au milieu des rondins de bois dans son linceul blanc. Les intouchables amassés autour des corps organisent la crémation comme ils organiseraient un feu de camp. Leur naturel créé par l’habitude est étonnant, déconcertant.

Derrière nous, les cris de lamentations d’une femme nous parviennent, des cris perçants qui te plongent instantanément dans sa tristesse. Le fils aîné de l’homme mort vient allumer le bûcher comme le veux la tradition et remonte rapidement les marches une fois son devoir effectué. La douleur se lit dans ses yeux.

Photo by Srivatsan on Unsplash

Cet instant m’a profondément touché. On ne peut pas rester insensible à la tristesse de la famille quand tout est exposé ainsi devant nos yeux. Quelque part, nous ne sommes plus des inconnus mais une communauté qui partage ensemble la même tristesse.

Certains préféreraient détourner le regard, moi je ne regrette pas de l’avoir vu. La crémation fait partie de la culture hindoue et seule la ville sainte permet de vivre cette expérience difficile. Pour découvrir une religion, il faut accepter d’en connaître tous les aspects.

Ceremonie par les Brahmanes, Varanasi, Inde

Photo by Ayan Purkaite on Unsplash

Au coucher du soleil, nous rejoignons le Dasashwamedh Ghât, ghât central qui accueille les cérémonies. Peu à peu, les marches se remplissent de pèlerins venant déposer sur le fleuve leur coupole de fleurs où trône une bougie. A la tombée de la nuit, la danse des flammes sur le fleuve à quelque chose de magique.

C’est alors que la cérémonie démarre. Sept jeunes brahmanes, la caste la plus élevée, se mettent à agiter flambeaux et bâtons d’encens sous la musique et le son des cloches. Face a cela, je reste insensible. Ces pantins répètent une chorégraphie sans réelle intention, se jetant parfois des regards pour se coordonner. La simplicité des rituels hindous est bien plus touchante que cette manifestation de grande ampleur. Tout ce folklore est superflu et c’est au petit matin que nous découvrirons toute la force d’une religion.

Le Gange au réveil

Le Gange est recouvert de nuages. Tout est calme. Il est 6h30, le soleil dort encore. Sur le fleuve, on devine à peine quelques barques qui disparaissent dans la brume. Nous embarquons dans l’une d’entre elles pour découvrir le spectacle matinal de la ville sacrée.

Au loin, des flammes dansent autour d’une barque surchargée de pèlerins. Les oiseaux survolent le fleuve par centaines, cherchant poissons ou graines.

Sous nos yeux se dessine un paysage serein et magique. Bientôt, on aperçoit le soleil encore voilé. Il ne faudra qu’un instant pour qu’il brille d’un orange vif et répande sur l’eau ses ondes chaleureuses.

Gange sous la brume avec vol d'oiseaux, Varanasi, Inde

Photo by Atul on Unsplash

Le son des cloches et des tambours provenant du Ghât central se disperse dans les airs. Sur la rive, des pèlerins viennent s’immerger dans les eaux froides mais sacrées. D’autres effectuent leur rituel ou récitent des mantras, assis en tailleur sur les marches.

À côté d’eux, les laveurs frappent inlassablement le linge sur leur planche avant de l’étendre sur les marches. Peu à peu, les barques se multiplient, attirant les touristes matinaux.

En remontant le fleuve, nous arrivons au Ghât majeur de crémation. On se croirait devant une usine. Ici, aucune spiritualité n’atténue le choc que ce rite constitue.

Revenant sur nos traces, nous profitons de la sagesse du Gange. Que ce fleuve est apaisant ! On pourrait s’y balader des heures ou simplement le contempler depuis les marches pour ressentir son énergie. À la fois calme et puissant, le Gange est ressourçant.

La fin d'un voyage spirituel

Nous le quittons, bien trop tôt, pour aller visiter un temple dédié au dieu Hanuman puis rejoindre Sarnath. Là-bas, Bouddha prononça son premier prêche après avoir reçu l’illumination. Pour la première fois, nous avons l’opportunité de découvrir le bouddhisme, très peu représenté en Inde. À Sarnath, il ne reste que les ruines d’un lieu de pèlerinage et un musée que nous trouvons fermé.

L’étape était sans réel intérêt et nous aurions mieux fait de rester auprès de notre Gange adoré. Il est malheureusement trop tard pour y retourner car un avion nous ramène aujourd’hui à Delhi.

On ne vient pas à Varanasi, on vient au Gange et sa découverte est clivante : on en repart écœuré ou bien on se sent grandi. Le Gange m’a apaisé. Je repars avec toute l’énergie qu’il m’a transmise et dans l’avion déjà, je le regrette.