Back to the sixties – Pushkar
Back to the sixties – Pushkar

Back to the sixties – Pushkar

Pushkar, entre spiritualité et liberté

C’est au petit matin que Udaipur est la plus belle. Nous profitons une dernière fois de la vue panoramique du toit de notre haveli avant de partir en direction de Pushkar.

La verdure de la ville fait place aux étendues de steppes. À l’horizon, la montagne aride borne le paysage. Ici et là, des oasis créent de véritables océans de verdure, les cultures se concentrant autour du moindre point d’eau : flaque, rivière, étang ou lac.

Partout où elle jaillit, l’eau créée de la vie et bien plus encore, dans de nombreuses régions indiennes, l’eau est sacrée. C’est le cas des eaux du lac de Pushkar. Partout dans la ville, des temples ou simples lieux de culte improvisés sont érigés en l’honneur de Ganesh ou du dieu Brahma. Pushkar détient d’ailleurs le seul temple indien dédié au dieu créateur hindou.

Assis sur les marches bordant le lac, on s’imprègne aisément de la spiritualité de la ville. Les hindous effectuent leurs rituels sur les ghâts en priant et se baignant dans l’eau sacrée pour se purifier. Les femmes aident leurs hommes mais ne peuvent tremper que leurs pieds et leurs mains.

Sur le lac, le vol des pigeons donne une signification toute particulière au paysage. Pushkar est la ville de la paix et de la liberté.

Photo d'une rue de Pushkar, Inde

Photo by Vardan Sharma on Unsplash

Couleurs occidentales

D’ailleurs, de nombreux Israélites et hippies occidentaux sont venus s’y installer ou y passent plusieurs mois par an. Pushkar correspond à leur philosophie et leur permet d’être libres, d’autant plus que fumer y est autorisé, notons ce détail.

Cette présence occidentale donne à la ville une ambiance toute particulière. Dans la rue principale du Bazar qui borde le lac, on s’émerveille devant les couleurs des tissus, des épices et des pigments naturels, bercés par la voix de Bob Marley.

Le cœur de la ville bat dans cette étroite rue marchande aux échoppes colorées. À chaque coin de rue, des cafés hippies aux murs remplis de tags psychédéliques des divinités hindous sont pris d’assaut par les westerns people aux dreadlocks.

Les restaurants vegan et healthy fleurissent un peu partout et nous en profitons pour goûter la version indienne de ma cuisine préférée. On se croirait dans les années 60 ! La ville est remplie d’énergies positives, tant par sa spiritualité que par le mode de vie de ses habitants.

Un environnement oppressant

La découverte de cette ville éclectique aurait été parfaite sans les sollicitations auxquelles nous sommes continuellement soumis. Outre les regards oppressants qui m’avaient gêné dès le début du voyage et qui n’ont jamais cessé, nous vivons de moins en moins bien les demandes incessantes des Indiens, qui nous proposent leurs services à chaque coin de rue.

À Pushkar, ce sont les fleurs qu’il ne faut pas accepter car nous n’avons pas le droit de les jeter mis à part dans le lac, rituel que nous devons payer à la mafia locale. L’accès à de nombreux lieux sacrés nous est également refusé pour des motifs ridicules, sauf bien sûr si l’on paie. À Delhi, il fallait sans cesse refuser les rickshaws très insistants. À Jaisalmer et Jodhpur, c’était les guides français. Ailleurs c’était des remarques sur mon physique, des demandes de photos, des demandes en mariage (une vingtaine en deux semaines !) et des sollicitations commerciales.

Ces interpellations incessantes créent un climat très oppressant qui nous empêche de réellement profiter des lieux magnifiques que nous visitons, d’autant plus que seul mon père peut répondre, mon avis n’étant pas pris en compte… Ceci n’est pas propre à Pushkar mais, au fil des jours, nous sommes lassés de devoir sans cesse balayer l’espoir de centaines d’Indiens sans avoir la chance de considérer leur offre.

Ceci pose de réels problèmes à Pushkar en raison d’une confrontation directe entre les Occidentaux et les jeunes indiens. Par exemple, les femmes Israélites sont mal vues par la population car elles se battent avec les Indiens qui osent les regarder. Quel dommage d’en arriver là !

Selon quelques Indiens avec qui nous avons discuté, il y a une vraie rupture entre la vieille et la jeune génération, connectée au monde et envieuse de la richesse matérielle des Occidentaux. Passé un certain âge, les Indiens nous respectent et il est plaisant de parler et de commercer avec eux. Nous nous sentons d’ailleurs très proches de leur philosophie hindoue que nous découvrons au fil des jours.

Malgré tout, cette ombre au tableau, n’enlève en rien sa beauté au Rajasthan et nous profitons une dernière fois de l’énergie de Pushkar tout en contemplant les reflets du soleil sur le lac lors de son déclin. L’Inde saura-t-elle conserver son âme ?