Authenticité – Sur le chemin entre Jodhpur et Udaipur
Authenticité – Sur le chemin entre Jodhpur et Udaipur

Authenticité – Sur le chemin entre Jodhpur et Udaipur

Artisanat à Jodhpur

La ville de Jodhpur ne connaît pas de pause. Lorsque l’agitation commerçante de la journée cesse, l’agitation des rues demeure.

Ce matin, Subhash nous emmène dans les meilleures boutiques d’épices et de textiles de la ville avant de partir pour Udaipur. Après l’achat de nos épices préférées, nous rejoignons une manufacture textile quelque peu excentrée au sud de la ville. Là-bas, le temps s’arrêtera. Une véritable démonstration nous est offerte. Saris, voiles, broderies, tapis, écharpes et vêtements foisonnent par milliers. Chaque tissu à son histoire. Les étoffes précieuses se muent en joyaux sous les doigts habiles des femmes.

Entre matière et conception, chacune d’entre elles laisse son empreinte et donne au tissu toute sa splendeur. Le fruit de mois entiers de travail est d’une richesse sans égal, introuvable sur les bazars indiens où les commerçants vantent la qualité de leurs chiffons et te forcent la main.

Grâce à Subhash nous avons découvert un écrin de beauté et d’art.

Témoignage

Depuis le début du voyage, Subhash est de très bon conseil et d’une gentillesse sans pareil. Sans cesse serviable et prévenant, il nous conseille et tente de nous faire plaisir en permanence.

Avec lui, nous apprenons beaucoup de la culture et des coutumes locales : l’assouplissement des mariages arrangés, la persistance des castes, le travail des enfants, la vision de la femme, la pauvreté mais aussi les conflits de religions et la politique. À travers ses mots, nous rencontrons la population indienne. Il vient de la région du Darjeeling au nord-est de l’Inde, à côté du Népal et du Bhoutan. Il nous décrit avec émotion sa campagne adorée, nous parle de sa femme et de son fils. Comme beaucoup d’Indiens, il passe la plupart de l’année en ville et retourne seulement deux ou trois mois par an dans son village lorsque la période touristique se termine.

La ville est un moyen pour beaucoup de gagner de l’argent ou tout du moins constitue un espoir. Dans la zone industrielle de Jodhpur, les Indiens de la campagne affluent et s’entassent en attendant que quelqu’un leur propose un travail pour la journée ou, avec un peu de chance, pour quelques jours. Malheureusement, beaucoup d’espoirs sont déçus et nombreux d’entre eux sombrent dans la pauvreté.

En ville, la misère semble bien moins vivable qu’en campagne et la tristesse se lit sur le visage des plus démunis. Dans les champs, le travail est dur mais la terre offre des ressources qui permettent de subvenir aux besoins essentiels. Les paysans semblent ainsi plus sereins et heureux.

La route vers Udaipur nous permet pour la première fois de découvrir la campagne indienne. Le paysage devient verdoyant et les cultures se multiplient. Au loin, la montagne se dresse fièrement. Autour des temples jaïns de Ranakpur, la végétation est presque tropicale.

Pureté à Ranakpur

Coupole du Jain Temple à Ranakpur, Inde

Photo by Amisha Nakhwa on Unsplash

Le temple d’Adinath est un véritable joyau. Dédié au fondateur et premier Tirthankara, maître spirituel du jaïnisme, il se compose uniquement de marbre blanc.

Une fois les chaussures enlevées, la complexité architecturale du temple nous laisse sans voix. Les colonnes, dômes, statues d’éléphants et chapelles, toutes finement sculptées dans la pierre d’un blanc mat, s’entremêlent et désorientent.

Au cœur de la cour centrale, un arbre s’élève majestueusement. Dans ce lieu, on peut ressentir les énergies circuler. Après ce moment ressourçant, nous emprunterons les routes escarpées de la montagne.

Sur le bord de la route, des singes à la peau noire et au pelage blanc attendent tranquillement qu’on leur donne à manger. N’avisez pas de vous approcher sans nourriture où ils deviennent agressifs !

Au sommet, la vue sur les temples et les montagnes arborées est imprenable. De l’autre côté des montagnes, des cultures prospères bordent la rivière. Leur irrigation est assurée par des moulins à eau artisanaux, les norias, roues activées par des bœufs qui tournent infatigablement. Les hommes vêtus de leur turban et les femmes de leur sari travaillent la terre.

Ici, on se sent bien et la ville d’Udaipur, quelques kilomètres plus loin, offre la même atmosphère. Bien plus aérée que les autres villes, elle en est d’autant plus apaisante.

Singe à la tête noire et au pelage blanc, au Jain Temple à Ranakpur, Inde

Photo by Ana Vicente on Unsplash

Vue par une fenêtre de la ville d'Udaipur, Inde

Photo by Anuj Yadav on Unsplash

Lumière d'Udaipur

Au centre, les lacs donnent à la ville blanche toute sa splendeur. Dans la vieille ville, les motos et rickshaws slaloment entre les rues étroites dans lesquelles les voitures ne peuvent passer.

À peine arrivés, Subhash nous indique un temple, le Jagdish temple, où une cérémonie hindouiste va bientôt commencer. Les croyants viennent y déposer des offrandes et prier. Je n’y retrouve pourtant pas toute l’énergie que pouvaient dégager d’autres lieux sans même qu’il n’y ait de culte. Des hommes y ramassent les offrandes, comptant les roupies comme si elles n’avaient aucune signification.

J’espère pouvoir vivre une véritable cérémonie hindouiste durant le voyage car celle-ci s’est avérée décevante. Nous préférons nous replonger dans l’animation des rues sinueuses pour aller contempler le Lac Pichola depuis le toit d’un restaurant avant de retourner dans notre hotel-haveli.

À la lumière d’une bougie, une tasse de thé à la main, je finis le récit de cette journée dans tout ce qui l’a caractérisée, l’authenticité.